Newsletter printemps 2011

Newsletter printemps 2011

Emotions et Conscience : mémoire et images mentales

Bientôt la période des examens ! et si cette mémoire nous jouait quelques tours en traître !

L’article de Antonio Damasio paru dans Sciences Humaines mars 2011 N° 224 nous donne l’opportunité de parler de la mémoire qui est un de nos domaines de travail et d’actualité !

En effet, le développement de sa mémoire et de ses facultés d’apprentissage est une question de plus en plus posée, au fil des dix dernières années, par tous types de publics et de tous âges. Pour nous, c’est par la connaissance de ses potentiels forts qu’une personne peut construire sa méthodologie personnelle de mémorisation et d’apprentissage :

Les potentiels sensoriels sont les antennes pour capter les informations

La faculté d’imagination ou représentation mentale permet de stocker les informations sous forme d’images.

Le potentiel de raisonnement logique structure, organise et trie toutes ces images mentales sous forme de mots, de langage.

Notre expérience professionnelle auprès d’un très grand nombre de personnes nous incite à renforcer l’accompagnement au développement de l’imagination, de la visualisation, de la concentration.

Antonio Damasio, à partir de sa théorie du « Binding[1] » et du rôle de la conscience, nous explique la reconstruction d’un souvenir.

Il présente : - l’esprit inconscient, ou espace dispositionnel sous-tendu par des régions primitives du cerveau,

- et l’esprit conscient, espace de cartes ou représentations, plus récent dans l’histoire de l’évolution. C’est là que les souvenirs se construisent de façon plus riche et plus précise sous forme d’images, de cartes en relation avec des situations, des évènements, des objets…

En somme, ces deux espaces sont en synergie et si l’on fait une analogie avec le dessin :

- le premier effectue une esquisse ;

- le deuxième affine le trait.

Ou bien encore une analogie avec la peinture :

- le premier, la toile de fond ;

- le deuxième, la précision de ce qui s’y passe avec les détails.

Quant à l’émotion, elle prend sa source dans le tronc cérébral, et pour Antonio Damasio l’émotion, le sentiment est la primauté de la conscience. L’émotion ne joue pas un rôle perturbateur vis-à-vis de la raison mais elle en fait partie.

«  La conscience ne serait pas le produit des régions les plus récentes et les plus évoluées de notre cerveau, mais des plus anciennes, là où naissent les émotions. »

Ces deux espaces, le tronc cérébral et le cortex cérébral fonctionnent en synergie, le premier est l’esprit inconscient et le deuxième, l’esprit conscient.

Un souvenir est une reconstruction : une information nous revient à propos d’un évènement ; c’est un indice qui nous permet de réactiver l’ensemble de l’évènement et ce, de manière globale. Nous pouvons penser à des parties de ce souvenir grâce à nos images mentales, mais elles sont stockées dans des régions très différentes du cerveau qui, de plus, n’ont pas de liaison neuronales entre elles : toute la reconstruction du souvenir s’effectue, mais comment s’effectue le lien entre toutes ces données ? C’est cela le problème du « binding » !

Nous avons donc ici des informations qui expliquent comment nous enregistrons et comment nous récupérons les souvenirs ; c’est pour A. Damasio un concept nouveau :

convergence/divergence

Quant à notre approche, dans notre travail autour de la mémoire, nous insistons sur deux activités importantes :

se concentrer en se construisant des images mentales de qualité avec suffisamment de détails,

et se construire des images évènement qui serviront de relais pour reconstruire un souvenir dans sa globalité.

Cet article nous incite à utiliser notre potentiel sensoriel, créatif et de raisonnement logique, mais en n’oubliant pas que «  les émotions sont indispensables à la validité de nos raisonnements. Elles pourraient être à l’origine de la conscience humaine et animale »

Marie-Renée Rollet

C’est l’occasion de relire d’Antonio Damasio :

- L’erreur de Descartes (Odile Jacob 1995 )

- L’autre moi-même. La construction du cerveau conscient (Odile Jacob 2010)


 

La créativité, une ressource à découvrir et exploiter dans un contexte de changement permanent et d’innovation devenue capitale

L'innovation : une préoccupation croissante dans « les vieux pays développés » interpellés et bousculés par le bouillonnement des pays émergents et la concurrence des pays à bas coût de production.

Celle-ci passe bien sûr par la mise en place de systèmes de veille et le partage de l'information mais aussi par un état d'esprit et une culture qui privilégient la créativité.

Or celle-ci est le parent pauvre de la formation tant initiale que professionnelle et elle est largement sous-utilisée dans les méthodes de management, conduite de projet, résolution de problème, recherche...

Deux idées reçues freinent une utilisation proportionnée aux extraordinaires résultats qu'elle peut générer :

1 la créativité ce n'est pas sérieux. Le mot, connoté à la création, à l'activité artistique paraît presque déplacé dans le monde du « business » formaté par la rationalité et les méthodes qui en découlent

2 la créativité est innée : Il y a ceux qui en ont et ceux qui n'en ont pas. Les imaginatifs ne ressentent pas le besoin de la cultiver, les autres s'en méfient.

Pour comprendre et son utilité et son mode d'action, il faut recourir au principe d'émergence :

1 Le tout est supérieur à la somme des parties : de multiples expériences montrent que chaque fois qu'il s'agit de résoudre un problème complexe, la production d'un groupe, notamment lorsqu'il est pluridisciplinaire, est largement supérieure à la somme des apports des individus qui le composent

2 Un tiers de nos idées sont blotties dans notre inconscient individuel et notre imaginaire collectif. L’émergence de ces idées, originales et fécondes, passe par des méthodes de mobilisation de cet inconscient.

3 Il existe toujours une solution à un problème quelque part dans l’univers

Les méthodes créatives sont issues d'un grand nombre de recherches et de travaux, menés depuis les années 1930, essentiellement aux Etats-Unis. Largement expérimentées dans leurs débuts par la NASA, elles ont permis à celle-ci, dans un champ qui n'avait jamais été défriché (celui de l'espace, alors inconnu) de résoudre des problèmes techniques extraordinairement ardus en imaginant des solutions que l'on ne pouvait en aucun cas trouver en se référant à une expérience qui en l'occurrence faisait entièrement défaut

Pour en tirer profit, il faut connaître ces méthodes, comprendre leur principe de fonctionnement et savoir les utiliser en fonction de l'objectif précis.

Elles sont difficiles à utiliser, car elles impliquent une double et paradoxale exigence : extrême rigueur de la forme de production des idées, extrême liberté du fond des idées.

Toutes les idées sont bonnes - même (surtout ?) si elles paraissent farfelues, inapplicables, scandaleuses, dans un premier temps mais la façon de les obtenir doit être extrêmement rigoureuse si on veut que les idées produites soient exploitables.

C'est faute d'avoir tenu compte de cette double contrainte que la créativité galvaudée par une utilisation trop simpliste et anarchique - souvent limitée au brainstorming - a pu décevoir et ainsi se décrédibiliser. Le brainstorming n'est en effet qu'un outil et non une méthode. Elle n'est de surcroit qu'un des nombreux outils utilisés dans les différentes méthodes. Et qu'il soit devenu synonyme de créativité montre bien à quel point sa méthodologie est méconnue.

C'est pourquoi sa mise en oeuvre ne peut être faite que par des professionnels formés et expérimentés qui sauront choisir les méthodes adaptées et gérer leur délicate utilisation.

Ainsi lorsque l'on veut mieux comprendre un nouveau contexte, un problème ardu, il est nécessaire de passer par un mode de raisonnement basé sur l'analogie : c'est la recherche analogique (ça me fait penser à ...). C'est le principe fondamental de la connaissance ou de la découverte.

Lorsque l'on veut changer de champ, faire autrement, il est nécessaire de s'appuyer sur la pensée latérale ou la pensée divergente (ça ou quoi d'autre ?). C'est le principe de destruction de la pensée logique (qui empêche de changer)

Lorsqu'on veut inventer quelque chose d'entièrement nouveau, il faut utiliser un mode de pensée reposant sur la combinatoire qui permet d'associer des éléments jamais réunis (ça, avec ça). C'est le principe d'innovation.

Ces quelques exemples permettent de mieux comprendre pourquoi les méthodes créatives permettent d'aller beaucoup plus loin, beaucoup plus vite. Elles permettent de trouver et de faire accepter des solutions auxquelles personnes ne pensait et que personne n'aurait jugé acceptables. Elles sont libératrices, et pour les personnes et pour les structures, et favorisent un extraordinaire esprit d'équipe.

La créativité permet d'aller vite et loin dans les domaines suivants

la recherche : pour trouver un axe de recherche, concevoir un produit, trouver les composantes du projet ou produit innovants, élaborer un cahier de charges répondant au réel besoin

la résolution de problèmes : problème technique, organisationnel, éventuellement relationnel, méthodologique ...

le changement : anticiper et comprendre les évolutions, concevoir les changements nécessaires pour s'y adapter et les modalités de leur mise en oeuvre

l'élaboration de projet : projet d'entreprise ou d'établissement, projet d'équipe ... : la créativité permet de donner une cohérence à toutes les actions autour d'un sens partagé

l'amélioration de services, de services, d'actions commerciales ...

Quelques exemples :

Un grand groupe industriel, confronté lors de la conception d'une nouvelle gamme, à un problème technique incompréhensible concernant une pièce petite mais capitale qui se cassait sans explication rationnelle, a pu trouver la solution en transposant une solution existant dans un tout autre domaine.

Une communauté de communes confrontée à l'échec cuisant d'un projet de zone industrielle a réorienté son projet développement économique autour d'activité tertiaires et de recherche qui n'avaient pas du tout été envisagées.

Des établissements hospitaliers, confrontés au difficile problème de l'accueil des usagers ont totalement repensé à la fois la conception et l'organisation de l'accueil ainsi que le profil des postes liés à l'accueil

Des collectivités locales, inquiètes du gaspillage de nourriture constaté dans les restaurants scolaires, ont entièrement repensé l'accueil au restaurant, les menus et le service.

Un bassin d'emploi en totale reconversion a mené, auprès de la population et des entreprises un travail de réflexion et d'évaluation, en utilisant les méthodes créatives. Cette démarche a permis de modifier les façons de penser le travail et l'économie, favorisant la reconversion du site, des entreprises et institutions et des personnes.

L'utilisation de l'approche créative par un organisme de protection sociale engagé dans une démarche de mutualisation et souhaitant instaurer un nouvel état d'esprit basé sur une logique de service plutôt que de production, a permis le partage d'une nouvelle culture d'entreprise.

Une Communauté de communes a utilisé l’approche créative pour mettre en question et réorienter ses actions parentalité, en mobilisant tous ses partenaires ce qui a permis de mettre en place des initiatives innovantes et très efficaces.

Mm2i met au service des entreprises, des institutions, des associations une équipe de consultants formés à l’utilisation de méthodes issues de recherches, de travaux et d'une longue expérience, en utilisant alternativement et conjointement les méthodes créatives et des méthodes rationnelles

Marie Renée ROLLET

Propos recueillis par Anne CHARMASSON

Janvier 2011


 

Un deuxième livre aux éditions Mm2I ?

Le projet de livre “ Se découvrir pour se reconstruire” écrit par des formateurs du CRP de Coubert et du CRP d’Aubervilliers et édité par Mm2i est sur le point de se concrétiser. Comment apprendre autrement ? Cet ouvrage relate une expérience novatrice d’Ateliers reposant sur l’expression et la création, gestuelle, écrite, graphique. Le stagiaire est placé dans des situations nouvelles d’apprenance : expérimentation, échanges avec les pairs, découverte et développement des potentiels.

Maj : 5 avril 2011